La Messe imaginaire de Nicole Corti rend hommage à Anton Bruckner et Franck Martin L’œuvre foisonnante d’Anton Bruckner, trop souvent circonscrite à ses monumentales neuf symphonies, est marquée par l’expression de sa profonde foi catholique. La même foi anime Frank Martin dans sa célèbre Messe pour double chœur, ici entrelacée aux motets a cappella de Bruckner dans une Messe imaginaire proposée par Nicole Corti à la tête de son chœur Spirito.
Chansons à trois, quatre et cinq parties, et autres trésors de polyphonie !
Une nouvelle musique pour le prochain film de Robert Guediguian, un opéra en chantier pour Leonardo García Alarcón, une création en mars dernier pour le Printemps des Arts de Monaco, un Grand Prix littéraire pour son livre Chant d’Artsakh(2022), en lice pour le Grand Prix Lycéen des Compositeurs … Michel Petrossian a le vent en poupe et la monographie qui lui est consacrée par Musicatreize vient souligner magnifiquement cette carrière fulgurante.
Celui qui parle et écrit une douzaine de langues actuelles et anciennes nous offre trois pièces de désir : l’amour sensuel, celui de la terre, et les amours spirituelles. Chanter l’icône, commandée à l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle salle au Petit –Palais à Paris, est un dialogue musical avec le joyau de la collection, l’icône « En Toi se réjouit toute la Création », du Crétois Franghias Kavertzas (XVIIe s.). « Amours sidoniennes » s’inspirent de l’inscription en grec de messages d’amour. « Horae quidem cedunt… » qui a scellé le début d’une longue et féconde collaboration avec Musicatreize, chante l’attachement viscéral à un fragment de terre, un village reculé en Arménie, magnifié par Artavazd Pelechian, qui devient métaphoriquement la terre des hommes, rejoignant les chants de Virgile.
Le Quatrième Livre de Madrigaux de Gesualdo est considéré à juste titre comme le recueil de la maturité artistique et esthétique de l'auteur. Après deux livres d'une facture classique, où le contrepoint strict côtoie une modalité sobre et peu chromatique, il entame dès son Troisième livre une évolution stylistique dans la mouvance des oeuvres de Luca Marenzio et Luzzasco Luzzaschi, tous deux tenants d'un style sur-expressif, exacerbant les chromatismes, les figuralismes affectifs et un contrepoint à la limite de la rupture. Dans son Quatrième livre, Gesualdo maîtrise pleinement son matériau et s'autorise toutes les audaces. S'appuyant sur des poèmes très courts, il peut ciseler chaque phrase, chaque mot, leur donnant diverses couleurs, fouillant toutes les nuances des affections de l'âme.
Triptyque théâtral écrit par Stéphane Arcas entre 2008 et 2011.
La Forêt, relate la traversée et la survie d’un trio perdu en terrain inconnu, Le Désert présente une quête existentielle dans un décor hostile et sans limites, L’Argent parle de notre rapport au réel et à la mort.
Chaque texte explore les clichés liés au monde qu’il traverse.
Entre la poétique, le mot et la déconstruction, une fenêtre s’ouvre, et, des espaces sonores s’inventent. Dans Cartographie des sens, Bruno Letort initie, à partir d’une structure classique et dans un cadre rigoureux, la recherche d’une écriture du contrepoint, d’un système du retard, d’un phrasé déconstruit. Esthétique de la déconstruction qui prend forme dans Rebath, titre lui-même recomposé à partir de Breath, une pièce pour flûte explorant encore et autrement le souffle, ses ratures et ses tensions dans une nappe d’espace électronique, ou encore dans Fables électriques, composition no-wave en trois mouvements. Moins déstructurée que disloquant ses propres effets perceptifs, Fables électriques, avec ses entrées de guitares convulsives évoquant les systèmes de Glenn Branca, suggère le poudroiement imaginaire, sonore, bruitiste, de volumes métalliques, cristallins, aléatoires, asymétriques, en boucle et répétés, minimalistes, perforés, troués.
S’appuyant sur une très ancienne fidélité entre l’élégant compositeur François-Bernard Mâche et Musicatreize, Roland Hayrabedian a choisi 3 pièces substantielles pour constituer une superbe monographie.
Avec une grande inventivité dans le traitement vocal et le choix des textes, avec le temps qui traverse ces poèmes millénaires (Sapphô de Mytilène, textes de l’Egypte ancienne…), le compositeur restitue une forme de familiarité étrange, un espace qui va bien au-delà du sonore.
L’Orchestre national de Lyon contribue à l’année Berlioz avec l’édition d’un album centré sur Roméo et Juliette. C’est pour l’instant la seule parution Berlozienne d’un orchestre hexagonal….et elle fut enregistrée en 2014 alors que Leonard Slatkin était encore directeur musical de la phalange lyonnaise.
On n’attendait pas tant du chef américain dans cette œuvre redoutable à unifier. La baguette précise et un peu sèche du musicien convient bien à cette partition dont il sait rendre la narration dramatique mais sans jamais épaissir le trait. L’Orchestre national de Lyon sonne avec de belles couleurs qui rendent justice à la modernité de l’écriture de Berlioz. La distribution vocale est excellente avec des chanteurs (Marion Lebègue, Julien Behr, Frédéric Caton) et choristes à la diction idéale. En complément, le chef est seul face à l’orchestre pour deux lectures sobres et classiques des ouvertures du Roi Lear et de Béatrice et Bénédict. Si la prise de son de Roméo et Juliette est excellente, celle des ouvertures est étrangement étouffée et manque de couleur et d’impact.
Quatre œuvres d’essence vocale explorent les notions de sacré et
de communauté, à travers des rituels imaginaires, archaïques et
contemporains.
« Rituels » est le fruit d’une longue et complice collaboration artistique entre Zad Moultaka et l’ensemble Musicatreize. Il présente 4 œuvres vocales d’une grande diversité : plusieurs soli, des tutti augmentés par la dimension électroacoustique, des pièces instrumentées ou a cappella… Poèmes maya, arabe, texte alchimique du XVIe siècle ou conçu en atelier d’écriture s’incarnent en plusieurs langues méditerranéennes (français, italien, arabe, espagnol) et les chants transportent de la solennité à l’étrangeté. Le disque relate la fascination toute orientale du compositeur franco-libanais pour le rite, pour l’exploration des frontières entre sacré et profane et rejoint le souci de Roland Hayrabedian de trouver son chant intérieur.
Guy Reibel est compositeur d’un ensemble d’œuvres électroniques, symphoniques et vocales pour les formations les plus diverses. Il est l’auteur d’ouvrages sur le jeu vocal et la création (L’homme musicien, Jeux musicaux – Jeux vocaux) et de films (DVD Jeu vocal Chant spontané, Dessine-moi la musique).